Témoignage d’un visiteur paroissial en maison de retraite

8 janvier 2015


Par Cécile-Jeanne W.


Mardi, 15 heures, maison de retraite de Bedoin.


 


Nous déposons devant l’entrée notre petit fardeau de préoccupations ; ce que nous allons vivre cette après-midi demande un esprit désencombré de soi.


Dans le grand vestibule, ils sont entre 20 et 30, pour la plupart de grands vieillards qui s’occupent à la lecture du journal ou aux travaux manuels, attendent assis, seuls ou en compagnie, l’heure du goûter ou la visite d’un proche. Ceux qui n’attendent pas ont le regard absent de qui a perdu le fil du lien à autrui. D’autres déambulent sans très bien savoir où les mèneront leurs pas. Ils sont là.


Nous les abordons un à un, quelques paroles de salutation, un sourire, le regard s’allume, reconnaissance, nous entamons un échange.


Parfois les yeux ne reconnaissent pas, restent lointain, flottent dans un ailleurs où nous n’avons plus part. Nous prêtons attention, nous avons le temps, la rencontre est précieuse, même quand elle se résume à un long regard ou un geste parce que les mots ne viennent plus.


Nous passons de l’un à l’autre, écoutant se dire l’inquiétude ou l’espoir, la maladie qui progresse ou le mieux-être, la plainte ou la gratitude, les visites récentes de la fille ou du frère, ou la longue attente de visites trop espacées, la solitude.


Quand la température le permet, nous sortons sur la terrasse ou dans le parc avec certains résidents. Dehors les échanges se nouent différemment, la parole s’élargit, se détend.


Plus tard nous visitons dans les chambres ceux dont le corps raidi par la maladie a cloué dans le lit ou sur le grand fauteuil. Cloué.


Accueillir quelques paroles rares, les silences aussi ; et auprès de ceux dont la foi nous libère, la prière monte toute seule, un chant, une invocation, que demandez-vous ?


Nous recueillons la supplique pour l’offrir et c’est une grâce de communion qui nous touche et nous ouvre. Sur ces visages ravinés par le grand âge, nous découvrons la beauté d’un abandon qui ne cache plus rien de la douleur des corps et de la fragilité de nos vies.


 


Entre tes mains, Seigneur.